On lui prédit déjà une longue carrière. Les plus grandes villes ont manifesté leur envie de la voir au programme de leurs carnavals : Rio de Janeiro, Nice, Venise, Le Steen'je... "Et c'est parti" restera aussi dans les annales à cause des débuts de sa fanfare. Et dire que tout ça, c'est la faute aux "trois Z". Si elles n'avaient pas voulu "garder une belle ligne de corps", nous n'en serions pas là.
Il faut dire que la prestance est là. On imagine mal quelle clique pourrait concurrencer celle-ci. Il suffit de regarder passer son tambour, dans sa belle veste rouge, pour se dire : "La classe". L'oeil vif, le mégot chauffé à blanc, la moue enjouée, le front concentré sur sa partition. On comprend que ses compères n'hésitent pas à le suivre dans des salsas endiablées et des swings torrides.
Le porte-drapeau déchaîne aussi les foules sur son passage. Celui-là a gagné le concours du meilleur quotient intellectuel de son quartier (d'ailleurs, il vit tout seul dans la campagne du côté de Noordpeene... et la notion de peine, on la comprend). Il aime les femmes, qui ne le lui rendent pas du tout. Quand on le voit défiler, on ne se rend pas compte des heures que le porte-drapeau a passé à s'entraîner, autour du fumier qui trône dans sa cour, brandissant avec panache et esprit guerrier son fanion comme s'il s'agissait de son... oui, bon, restons-en là.
Mais que serait cette escorte sans celle qui ombrage toutes les majorettes par sa grâce militaire, militante et, pour tout dire, minimale ? Leur Madelon à eux c'est elle. le calot fier, le mollet agile, elle se dévoue entièrement au bon déroulement de la promenade musicale. Présence maternelle et ô combien féminine, pleine de ressources, c'est un vrai couteau suisse ambulant, un saint-bernard, la Croix Rouge et l'ONU réunies : outre les provisions et le carburant, elle trimballe tire-bouchons, décapsuleurs, dosettes et shakers, kits de réparation pour tambour et cuivres.
On l'a bien compris: les Harmonies Municipales de Bailleul et Hazebrouck ont déjà fait d'incroyables propositions - on ignore le montant des possibles transactions - pour débaucher la cantinière. Restera-t-elle fidèle aux Apollons de sa tribu sonnante et trébuchante ?